Doute – échec – regrets… mon UT4M 2016!

Vendredi 19 aout 2016, 7h00: c’est parti! Je me sens mieux. Comme dans beaucoup de mes rendez-vous, je me sens libéré une fois le départ donné.

L’UT4M-160, c’est une course autour de Grenoble de 169kms pour 11000m de dénivelé positif.

Pour le début, c’est footing sur la route (quasiment à plat) pour sortir de Grenoble. Jean a décidé de rester avec moi sur cette partie-là, mais ensuite, chacun prend son allure car, lui, il a « seulement » la première partie (42kms) à faire et ensuite il passe le relais à Jean Baptiste, qui fait le 2ème massif, puis Philippe qui fait le 3ème et enfin Manuela qui termine ce relais. Moi, j’ai la totale à faire et je ne vais donc pas partir sur les mêmes bases horaires…
Dès que nous attaquons la montée, je me mets en mode « économie d’énergie », c’est-à-dire marche « rapide » et je vois partir Jean qui garde une allure plus soutenue.
Pour l’instant, tout va bien! Je prends quelques gorgées d’eau tous les 5 à 10mn. Il fait beau et la température va vite monter. Sur les portions raides (comme par exemple l’escalier au bord du tremplin de saut à ski) je ralenti encore l’allure.
Je grignote un peu (ravitaillement perso) et « j’écoute mon corps ». Les « problèmes potentiels » sont « écoutés »: la côte douloureuse (à la suite de ma chute dans le dernier trail, il y a 4 semaines), le talon sensible (arrière du côté droit), la base du gros orteil droit, l’extérieur du genou gauche et quelques autres points qui comme d’autres paramètres m’ont fait douter depuis quelques semaines!

En effet, je pense que je n’ai jamais autant douté à la veille d’un grand rendez-vous de ce genre.
J’ai pourtant quelques courses de cette dimension à mon actif (Diagonale des Fous, UTMB, 100kms du Verdon et Ultra 6000D) mais d’une part je pense que celle-ci est la plus dure, d’autre part, j’ai pris quelques années depuis… J’ai aussi tous ces petits « bobo » apparus assez récemment et que je ne sais pas quantifier. C’est-à-dire que je n’arrive pas à savoir s’ils sont importants ou mineurs.
Sur mon dernier trail (36kms de Panzoult) le 24 juillet, je fais 2 « belles » chutes; sur la 2ème, je me relève avec une douleur assez importante aux côtes (côté droit). Cela ne m’empêche pas de terminer, assez correctement d’ailleurs, mais depuis, cela se passe tout doucement!!! Et j’ai longtemps eu du mal à inspirer à fond.
Et depuis une longue sortie « alpinisme » lors du séjour club (les deux 1ère semaines d’aout) j’ai par moment mal sous le talon droit (surtout dans les descentes, mais aussi à l’arrêt).
Le genou gauche et le gros orteil droit… c’est vieux et ça n’empire pas, donc… ça ne doit pas être grave…

Mais c’est difficile d’attaquer sereinement une épreuve du genre de l’UT4M dans ces conditions; mais je suis inscrit et je vais donc y aller!
Et puis, ces doutes sont renforcés par les remarques de mes proches, qui loin d’avoir le langage de l’entraineur qui pousse son athlète sont plutôt du genre « fais bien attention à toi… ne force pas trop…tu ne crois pas que tu vas trop loin? … tu as passé l’âge… » Ces même remarques, dix ans plus tôt, m’auraient fait rebondir m’auraient fait sourire et encouragé! Mais aujourd’hui, elles ont bien l’effet de frein et amplifient le doute… « J’ai 59ans… est-ce encore de « mon âge »? » … Mon corps va-t-il tenir le choc?…

J’essaie quand même de profiter un peu des paysages et puis j’essaie de rester concentré sur la course, l’allure éco, et… attention aux pièges du sentier. Je n’oublie pas le rendez-vous régulier avec la pipette, car le soleil commence à bien chauffer.

Premier ravitaillement, je regarde mon tableau de marche: j’ai un peu d’avance, c’est plutôt bon signe. Je m’alimente un peu, en particulier avec quelques biscuits salés car je sais que j’ai besoin de sel et que je ne vais bientôt plus supporter le gout du sucre. Je rempli, ma poche à eau et je ne m’attarde pas.
La suite va plutôt assez bien, même si je sens bien que ce n’est pas la grande forme. Il faut dire que la migraine de cette nuit ne m’a pas aidé et que les comprimés que j’ai pris pour calmer la douleur sont surement encore dans mon sang et ça aussi ça ne doit pas aider.
Je profite rapidement du paysage, avec la vue sur le Mont Blanc en arrivant vers le haut de cette première grosse montée
Une ou 2 photos au sommet du Moucherotte et enfin un peu de descente. Là je suis mieux, je double quelques coureurs, sans forcer, simplement en « laissant dérouler ».

Deuxième ravito (Lans en Vercors): je suis toujours bien par rapport à mon tableau; je grignote et je rempli, mais pas complètement ma poche à eau (le prochain ravito n’est pas si loin).
La montée reprend et la chaleur aussi! L’allure est peut-être un peu lente, mais par contre rien à signaler au niveau des « petits bobos ». Quelques mots échangés avec les coureurs que je rattrape ou qui me doublent.
Mais je ne reste jamais longtemps avec un d’entre eux. Ce serait surement possible, mais je préfère suivre mon allure avec ses accélérations à chaque légère descente et son rythme économique dès que ça monte.
Descente du Pic Saint Michel, une belle descente, où je me fais bien plaisir, même si je prends le temps de souffler un peu pour ne pas exploser les cuisses. Et au détour d’un virage, je rattrape Jean!!! Je ne comprends pas, j’ai un peu peur qu’il ait un problème… Il a l’air en effet assez mal, mais il continue comme il peut. Je l’encourage, je reste un peu avec lui, j’espère qu’il va me suivre et s’accrocher… Mais il n’est pas à l’aise dans les descentes et je continue sur mon allure. Des passages « faciles » et roulants, mais aussi de nombreuses portions très techniques où je me fais vraiment plaisirs. Décidément, j’aime bien les descentes!
Mais même en descente, il faut boire… et ma poche est à sec!!! Je n’ai pas l’habitude de boire autant; je ne cours pas souvent avec cette chaleur. Les derniers kms, avec la gorge sèche sont durs… et moralement, je me dis que ça ne va pas arranger mes affaires. J’ai souvent des problèmes de crampes et la déshydratation les favorise!

Ravitaillement de St Paul: je bois, je bois… et je profite de la fontaine pour mouiller le buff que j’ai sur la tête.
Je remplis ma poche, mais encore une fois pas complètement, car: « c’est bientôt le base de vie, vous y êtes dans 8kms, c’est facile… »
Oui, mais avec 500m à monter et à redescendre!!! Et la température monte encore… et mon choix d’économiser 1kg d’eau est mauvais!!! Juste après le ravitaillement, dans la montée, Jean me rattrape, super! Il est sur la bonne voie! Mais un peu plus loin, il lâche à nouveau. Et de nouveau je me retrouve sans eau, et je ne vois pas le bout de cette étape… il faut traverser tout le village… bitume, soleil… je ne suis pas bien!

Enfin l’entrée sur la base de vie de Vif! Gymnase surchauffé, bruyant, plein de monde… mais moins mal qu’en plein soleil. J’y retrouve JB qui attend Jean pour prendre le relais. Je le rassure (il attend depuis longtemps) et il va se préparer.

Il est 15h55 et pour ma part je suis en avance de 1h10 par rapport à mon tableau prévisionnel.
Là aussi, je bois!!! Je fais le plein d’eau cette fois, mais encore une erreur, je rajoute une pastille pour ajouter des sels minéraux; je me dis que vu que je me suis déshydraté, ça va m’aider… je mange un bol de pâtes et je cherche un coin tranquille pour m’allonger un peu. Il n’y a rien de prévu pour ça ici. Dans un gymnase voisin, je trouve un dojo vide, j’enlève mes chaussures et je m’allonge dans un coin en ayant programmé ma montre pour 30mn. Je ne dors pas, mais je me sens mieux.
J’ai récupéré mon « sac de confort » (il y en a un pour chaque base de vie; et je les ai préparé avant le départ pour que l’organisation les dépose sur ces « gros ravitos »). Je remplace juste mon t-shirt par un sous vêtement technique un peu plus chaud, car l’étape qui commence va être en bonne partie de nuit et en altitude.
En retournant dans la salle principale, j’échange quelques mots avec Jean qui est arrivé je repasse au ravitaillement pour boire encore et nouvelle erreur, je prends un verre d’eau pétillante (riche en sels minéraux, mais pétillante!).
Je repars. J’ai perdu un peu de mon avance, mais je préférais faire une petite pause. Dehors, c’est un peu le four, mais après un peu de route, on passe très vite dans la forêt et le soleil étant moins haut, cela devient plus supportable.
Je fais la connaissance d’un coureur et nous discutons pendant quelques kms. Nous sommes partis pour 1000m de dénivelé positif et bien sûr, j’ai repris l’allure éco. Côté articulations et musculaire, ça peut aller, les jambes un peu lourdes, mais sans plus et pas de début de crampes, pas non plus de douleurs dans les genoux. Le talon droit m’a fait souffrir dans les descentes, mais dans les montées (en mode marche) c’est supportable.
Par contre je comprends très vite mes 2 erreurs au sujet de la boisson: le verre d’eau pétillante me reste sur l’estomac et me gêne beaucoup et le gout de l’eau avec la pastille me donne plutôt envie de vomir. J’avais pourtant dilué 2 fois plus que ce qui est indiqué, mais le gout est encore trop fort et j’ai du mal à boire!!! Résultat, je bois peu et je n’avance plus! Par 2 fois, je me pose au bord du chemin pour essayer de calmer le mal au ventre. Je n’arrive plus non plus à grignoter les barres de pâte d’amande que je prenais ce matin.
Le coureur avec qui j’avais discuté un peu plus tôt me rattrape sur une de ces pauses et nous continuons ensemble. Et encore une erreur, en causant, …une faute d’inattention, nous loupons un chemin. Lorsque nous nous apercevons qu’il n’y a plus de balise, demi-tour et … 1,5km de trop!!!

Enfin le ravitaillement de Laffrey, j’ai maintenant 15mn de retard sur mon prévisionnel, ce n’est pas grave, j’espère me refaire une santé et bien repartir. Je commence par vider ma poche à eau et remettre de l’eau plate, sans produit. Je bois un peu, mais je n’arrive pas à manger, j’ai l’estomac en vrac et toujours mal au ventre.
La nuit commence et je sors la lampe frontale, prochain ravitaillement dans 12kms, mais surtout encore 850m de montée. Ce matin, jusqu’à Vif, il y avait beaucoup de monde sur la course, car en plus de la course « solo », il y avait le relais (maintenant ils sont loin devant nous pour la plupart) 2 autres courses.
Là, c’est un grand moment de calme et… de solitude! Seul avec la nuit, les balises, la forêt et surtout mes soucis digestifs qui ne veulent pas passer. Le mal de tête revient et ça devient dur de continuer à avancer dans ces conditions. Les jambes ne vont pas trop mal, mais le reste du bonhomme est un peu au bout. J’en vois 2 autres qui doivent être dans le même genre ou peut être pire car ils sont couchés au bord du chemin, enroulés dans leur couverture de survie. Moi aussi, je me pose plusieurs fois (juste quelques minutes), je voudrais seulement arrêter de souffrir, mais rien à faire… Je reprends ma montée vers le col « Grande Cuche »
Et c’est là que le mental va craquer… « Qu’est-ce que je suis venu faire ici??? Pourquoi je me suis inscrit à ce truc??? Jamais, plus jamais!!!… et bien d’autres pensées même pas rédigeables! » bien sûr, sur la plupart de mes grandes courses, j’ai eu des passages à vides dans ce genre, mais jamais aussi longs et aussi violents.
Peu de temps avant l’arrivée au col, je m’allonge dans l’herbe au bord du chemin, ça ne va pas… je fini par vomir de la bile et cracher je ne sais quoi. Un concurrent arrive, m’aide à me relever, me réconforte un peu et nous repartons ensembles. Pour l’anecdote, c’était le dernier classé de la course de 2015. Il va surement terminer mieux cette année. En tout cas, je ne reste pas longtemps derrière lui, je me traine de trop. Arrivée au col, avec un petit passage marqué « dangereux » et sécurisé par une main courante (corde fixe tendue à hauteur). Deux jeunes sont là en plus pour faire poste de secours. Je passe quelques mn assis avec eux et je repars pour « plus que 4kms de descente… ».
Mais même la descente ne va pas très bien. Elle est pourtant plus facile que celles de ce matin, mais je n’attends qu’une chose arriver au ravito pour me coucher!!!

00h50, arrivée à « La Morte » je ne sais pas trop où j’en suis, je n’arrive ni à manger ni à boire (ou si peu) et je vais me coucher. Sur ce ravito, c’est prévu, il y a derrière une cloison, des lits de camp et des matelas. Une personne me demande à quelle heure il doit me réveiller… c’est bien organisé.
40mn plus tard, je vais moins mal, j’arrive à boire un peu, mais c’est tout! Et le mental, ce qui me fait avancer d’habitude, n’est plus là du tout! Des accompagnateurs réconfortent et « chouchoutent » un coureur, ça me manque peut-être un peu, je me sens vide, pas vraiment au niveau physique, mais le moral n’est plus là! Je regarde une fois de plus mon tableau de marche, devant moi, il y a 1000m à monter et 900 à redescendre avant le prochain ravitaillement! J’ai fait 66kms et il m’en reste 100!!!

Je vais voir un bénévole et je rends mon dossard!

Je prends mon téléphone, un petit SMS pour Virginie (ma fille qui doit surement suivre mon parcours sur internet) et à Christine. Les réponses m’apportent un peu de réconfort, mais pas suffisant et puis c’est trop tard, j’ai rendu mon dossard!
La suite, c’est le retour en minibus à Grenoble et Jean qui vient me chercher; quelques heures de repos (je ne parle pas de sommeil) dans le mobil-home du camping et je deviens accompagnateur-supporter pour notre équipe qui fait la course en relais.

Les regrets!!!
Quelques heures après mon abandon, je suis au 2ème ravitaillement de la dernière étape; j’attends Manuela avec ces coéquipiers relayeurs. Nous marchons un peu à sa rencontre, ça monte… et elle n’arrive pas; nous continuons et finalement après un bon km de montée, la voilà! Elle court bien pour ses débuts de trail en montagne! Encouragement et… je suis parti pour l’accompagner jusqu’au ravito. Même pas mal! J’ai les jambes qui tournent bien mieux que si j’avais fait un marathon plat!

Dans les jours qui vont suivre, j’ai les jambes un peu raides, mais très peu et seulement les 2 premiers jours. Le corps est fatigué, mais d’une part je fais une grande partie du trajet retour au volant, d’autre part, je retourne grimper dans la semaine, je m’occupe de tout le boulot qui m’attendait chez moi… et ce matin, une semaine après, j’ai fait une bonne sortie (14kms sur un bon rythme). Ce qui me fait dire que les muscles n’étaient pas « au bout du rouleau ».

Mais par contre le moral est vraiment bas… je me dis que j’aurais au moins pu insister et aller au ravitaillement suivant et peut être à la base de vie de fin de 2ème étape. … et peut-être finir. Mais … avec des « si » et des « peut-être »… je serai « peut-être  » champion olympique…

Et ce qui est sûr, c’est que même si je n’ai pas terminé, je me suis prouvé que je pouvais encore faire des « trucs » de ce genre et avec peut-être un peu plus de préparation, mais surtout quelques erreurs en moins, je peux aller au bout!

Et j’y retournerai! L’an prochain je pense que l’été sera bien occupé en escalade et alpinisme, donc ce sera pour 2018. Et en attendant j’ai bien l’intention d’effacer ça sur une autre course du même genre, un peu plus tôt en saison.

Le bilan chiffré: 67kms pour 4500m de dénivelé positif et 3400m de négatif, en 17h50.

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