Kala Pattar – Népal – 5550m

     Le Kala Pattar, un gros « tas de cailloux », pas très esthétique, mais le plus beau belvédère sur le massif de l’Everest!!! Une vue magnifique sur des sommets prestigieux: le Pumo Ri (7165m), le Nuptse (7861m), le Lhotse (8516m) et bien sur l’Everest (8848m).

Mais le spectacle se mérite, de plus pour ce jour (21/11/12), c’est aussi le point de départ de l’étape. Nous sommes partis de Lobuche en marche de liaison, c’est-à-dire non chronométré, dans une ambiance sympathique (comme d’habitude), les meilleurs coureurs s’amusant bien, mais attendant régulièrement les plus lents (comme moi). Cette liaison « avant étape » représente environ 7kms, mais surtout 700m de dénivelé.

La première partie du trajet (5kms), jusqu’à Gorak Shep (5200m), se déroule assez bien, en ce qui me concerne. Je me sentirai presque rassuré sur mon état qui était cette nuit encore critique.

En effet, hier soir, j’ai bien cru que la course allait s’arrêter là. J’avais eu bien du mal à terminer cette longue et difficile étape et à l’arrivée, impossible de rester allongé. En position horizontale, je suffoquais et je n’arrivais pas à reprendre ma respiration. Le seul point rassurant de ma consultation des médecins c’est qu’ils n’ont pas décelé d’eau dans les poumons (donc pas de début d’œdème). Mais sur tous les autres tests, rien de bien!!! Mon taux de saturation est de 75%, alors que nous sommes en altitude depuis 12 jours et que les autres coureurs sont autour de 85 à 92% (sans parler des Népalais). Mon rythme cardiaque qui devrait augmenter pour compenser ce manque d’oxygène reste désespérément bas… bref, si ça ne va pas un peu mieux pendant la nuit, je dois m’attendre à descendre demain matin voire pire, si aggravation, j’ai droit au caisson, et là c’est la fin de la course! La nuit, j’en ai passé une bonne partie assis sur ma couchette, le dos contre la cloison, en essayant de trouver une respiration « normale ». Ce n’est pas vraiment l’idéal pour récupérer de la fatigue de l’étape.

Et ce matin, je n’y croyais plus, mais les médecins, après avoir refait les tests ne m’interdisent pas de poursuivre… « Tu peux y aller si tu veux, c’est toi qui décide mais si tu montes, c’est doucement et surtout tu n’insistes pas, au moindre problème tu arrêtes et tu redescends! » Ma décision était déjà prise et quand à monter doucement je me doutais que je n’allais pas aller vite…

Mais maintenant, j’ai passé le replat sablonneux de Gorak Shep et j’entame les 350 derniers mètres de dénivelé. La bouche grande ouverte derrière le foulard, je m’applique à ventiler un maximum et le plus régulièrement possible. Économiser l’effort au maximum, ne pas lever les pieds mais les glisser au ras du sol, des petits pas, rythmer avec la respiration, bien s’appuyer sur les bâtons… et ne pas se poser de question!!!

Les meilleurs coureurs, paraissent faciles, d’autres ont l’air de peiner comme moi… L’altitude ça ne pardonne pas, à 5000m, le corps n’a plus que 50% de ses capacités (par rapport au niveau de la mer).

Une partie du groupe s’arrête. Dawa prend quelques belles photos de coureurs en action. Il nous fait courir sur une dizaine de mètres (en descendant bien sûr) avec une foulée la plus esthétique possible. Malgré mon état, je me prends au jeu aussi.

La pause (j’ai regardé les autres passer) pour la séance photo m’a permis de reprendre mon souffle. Je repars bien, mais c’est de courte durée. Sylvie (une des coureuses et infirmière de métier) s’inquiète, me rappelle qu’il n’y a pas le caisson et me demande de ne pas insister… « Ne t’inquiètes pas, ça va!!! » Mais visiblement mon allure ne doit pas « coller » avec cette réponse car elle renouvelle ses conseils de prudence.

Je continue, je sens que le corps est proche de sa limite, mais ce qui me « rassure » un peu, c’est l’absence de nausées, maux de tête et autres vertiges qui annonceraient un MAM (*) imminent. Un pas de plus, un autre… le cerveau fonctionne encore… La préparation mentale et les conseils que j’ai piochés dans un livre sur l’Ultra-Trail sont efficaces. J’essaie de me concentrer sur des « images positives ». Les neurones ont du mal à rester connectés, mais le résultat est là, je continue de monter. Dans ma tête, je fais tourner en boucle les photos de mes Filles, de Christine, de la ligne d’arrivée de l’UTMB (**), mes Parents, mes Amis. Je n’ose plus lever les yeux, car j’ai chaque fois l’impression que le sommet s’éloigne! Interminable!! Ne pas s’arrêter!!!

Les cris d’encouragement et les applaudissements des copains, les coureurs, mais aussi les marcheurs (partis très tôt ce matin)… Je suis en haut!!! J’ai gagné!!! Non pas la course face aux autres, mais l’épreuve face à moi-même! Je ne suis pas encore arrivé à Lukla (***) mais j’ai franchi la principale étape que je m’étais fixée.

Sommet du Kala Pattar.
Le bisous à la Famille
Au fond, l’Everest

Le paysage est grandiose, tout autour de nous des sommets prestigieux, dont l’Everest, sur fond de ciel bleu, de quoi effacer toutes les difficultés de cette montée. Poignées de mains, accolades, émotion, … et pleurs… de joie, mais pleurs!!! Moi qui ne suis pas un grand sentimental je me laisse aller aux larmes et je refais défiler toutes celles et ceux qui m’ont aidé dans cette montée. J’embrasse Christine (enfin, son alliance) et je remercie tous ceux qui m’ont soutenu et encouragé!!!

Quelques larmes encore, et … beaucoup de photos!!! C’est trop beau!!! C’est trop grandiose!!!

Séance de photos de groupe, avec les banderoles et c’est le départ de l’étape… mais c’est une autre histoire!!!

(*) – Mal Aigu des Montagnes: conséquence de l’altitude (pas assez acclimaté) et risque de provoquer un œdème cérébral ou pulmonaire. Il faut descendre très vite.

(**) – UTMB: Ultra Trail du Mont Blanc: un des Ultras les plus célèbres qui fait le Tour du Massif du Mont Blanc (170kms et 10 000m de dénivelé). J’ai participé et terminé en 2009 (en 42h30).

(***) – Ville d’arrivée de la dernière étape du Solu Khumbu Trail.

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