La Verte!!!

Nom complet: Aiguille Verte (4121m), Massif du Mont Blanc

J’en avais envie depuis très longtemps, elle fait partie des sommets mythiques que la plupart des alpinistes ont envie de grimper! Gaston Rébuffat le dit dans « Les 100 plus belles », « Aucune voie, pour en atteindre la cime n’est facile; la voie normale, … est déjà une grande ascension. A la Verte on devient montagnard. »

J’espérais faire le couloir Couturier, une belle ligne en face Nord, au-dessus du glacier d’Argentière, mais l’an dernier, il y avait trop de neige et des risques d’avalanches, quand nous étions dispos. Cette année, il n’a pratiquement pas été en condition, vu le peu de neige…

Nous, Bertrand (mon co-équipier) et moi, avons donc décidé de passer par le couloir Whymper, mais d’y aller quand même…

J’aurais peut-être dû prendre quelques jours de préparation sur place… mais je suis bien occupé, souvent absent de la maison et donc je réduis le séjour au minimum…

Première étape: Beaugency – Chamonix… environ 7h, ce vendredi 29 mars. Je retrouve Bertrand sur le parking du « Chamoniard Volant » gite sympa où nous allons passer la nuit.

Samedi, petit déjeuner 7h, pour avoir une des premières bennes de l’Aiguille du Midi et être de bonne heure au refuge. Il y a beaucoup de monde, beau temps oblige…

L’arête de sortie de l’Aiguille, la descente de la Vallée Blanche jusqu’aux séracs du Requin, pas de souci, nous connaissons. Par contre la neige est très dure, mauvaise et désagréable, une impression de skier sur de la tôle ondulée… A l’embranchement avec le glacier de Leschaux, l’itinéraire est évident. Dans les 3 possibilités indiquées sur le topo, seul le couloir du milieu est en état… raide, mais praticable. Le froid de la matinée a fait place à une grosse chaleur, renforcée par la réverbération sur la neige et le fait d’être en face sud! Nous avons mis les peaux et attaqué le couloir. Une couche de « soupe » sur une couche « béton » un couloir raide et étroit… dur comme mise dans l’ambiance. Je ne suis pas aussi à l’aise que Bertrand et je n’ai ni son habitude, ni son entrainement …ni son âge… Et la chaleur ne m’aide pas… mais j’arrête de me plaindre, le paysage est grandiose, et la montée se déroule sans trop de problème. Enfin, vu mon état sur la fin, je suis déjà conscient que demain va être très difficile.

Arrivée au refuge, j’ai des frissons, froid aux pieds et au bout des doigts, ainsi qu’une vague envie de vomir… mais pas mal de tête (au moins une bonne nouvelle). Je vais vite m’allonger, sachant que le réveil est à minuit… donc que la nuit va être très courte.

Pas dormi, mais quelques heures couché, ça va un peu mieux. Un bon repas, copieux et vite au lit!

Dimanche matin… ce n’est pas la grande forme, mais il faudra faire avec… sortie du refuge vers 1h00.

Début de la montée en ski de rando, les « peaux » et les « couteaux » dès la sortie de refuge; la neige bien ramollie de la journée d’hier est bien gelée et super dure! Nous sommes 6 à 8 cordées à partir dans la même direction, pour vraisemblablement la même voie…

L’approche pour accéder au couloir est une très grande traversée ascendante (800m de dénivelé) et la jambe gauche (coté amont), est beaucoup plus sollicitée; je sens par moment des débuts de crampes…

Je suis peut-être parti un peu vite, je veux rester au contact des autres cordées et surtout je sais qu’il ne faut pas redescendre trop tard pour des raisons de sécurité. Je ralenti un peu, prends le temps de souffler, boire … et essayer de calmer les crampes!

Environ 3h pour les 800m de dénivelé et arriver au pied du couloir. Nous plantons les skis en bas de la rimaye. Les autres cordées sont déjà dans le couloir, à part une cordée Espagnole qui avance à peu-près à la même allure que nous. Le passage des skis aux crampons m’a permis de souffler un peu et j’espère que ça va aller un peu mieux.

Passage de la rimaye un peu acrobatique, un vrai pas d’escalade avec nos piolets qui ne s’ancrent pas dans une couche de neige sans consistance… la suite se déroule un peu mieux; je suis effectivement plus à l’aise avec les crampons et surtout mes muscles sont plus habitués à ce type d’effort. Ce qui ne veut pas dire que je suis en forme, j’ai le souffle court, je dois m’arrêter régulièrement et j’ai l’impression de ne pas avancer…

Je lève la tête pour voir un peu la suite et… « Clac » une poignée de glaçons me « mitraille » et j’en prends un sur l’œil gauche!!! Je suis un peu sonné, j’essuie le sang qui coule de l’arcade, je prends le temps de souffler 2mn et c’est reparti.

J’essaie de rester sur la meilleure trace possible, pour m’économiser et être le plus en sécurité… éviter les parties en glace dure, utiliser au mieux les « marches » faites par des cordées précédentes, même si bien souvent elles sont très hautes…

Un coup d’œil de temps en temps à l’altimètre, on approche, mais les pauses sont de plus en plus fréquentes et malgré les encouragements de Bertrand, je me traine… Lui, me suit sans problème, …juste pas le même entrainement, pas le même âge et pas la même réaction à la chaleur d’hier après midi…

La préparation mentale que j’utilise pour les ultra-trails tourne en boucle dans ma tête, je me répète des « phrases-clés », des pensées et des images positives… et je monte…

Le soleil se lève et nous sommes bientôt au col de la Grande Rocheuse. Les dernières dizaines de mètres sont super longues, je me traine de plus en plus…

Enfin, le col, il reste « juste  » 70m de dénivelé sur une belle arête, aérienne, mais pas trop risquée. Bertrand pose son sac, se décorde et me dit que vu mon état, je devrais plutôt m’arrêter là, me reposer un peu avant d’attaquer la descente, pendant qu’il fait rapidement un aller-retour au sommet que c’est bien, j’ai « fait » le Whymper…. Il a raison, il est déjà très tard (7h20) et il faut descendre avant que le soleil ne transforme le couloir en un toboggan pour pierre et glace…

Mais… m’arrêter là, alors que le sommet est en vue, que j’ai tant peiné… ce n’est pas vraiment compatible avec mes idées… Je pose aussi mon sac détache la corde et laisse le tout au col, ramasse les piolets et c’est parti pour la dernière montée.

La pente est beaucoup moins raide, l’arête… j’ai déjà fait plus aérien (bon il faut mettre les pieds au bon endroit quand même) et je vois le sommet! Sans problème!!!

Le sommet est tout simplement Magique!!! La vue à 360° MAGNIFIQUE!!! Je n’ai pas souvenir d’un autre sommet aussi beau! La lumière de début de matinée (7h40) renforce encore cette beauté.

Et je suis HEUREUX!!!

Ce n’est pas le sommet le plus difficile techniquement que j’ai fait, mais assurément le plus désiré et le plus beau!

Quelques photos et rapidement, la descente.

Retour au col et début des rappels. Et nous ne sommes pas les seuls, il faut prendre son tour!

A la montée, je suis resté devant, mais pour la descente, je laisse Bertrand gérer les rappels. J’essaie de récupérer à chaque relais, le temps qu’il manipule les cordes.

J’attaque la descente du 3ème rappel et… un choc violent sur la cuisse droite… Je viens de me prendre une pierre décrochée par une cordée au-dessus! Douleur dans toute la jambe, je me couche sur la neige, pour mettre la cuisse sur la neige et refroidir un peu. J’en profite pour souffler un peu et me remettre… Fin du rappel, j’ai du mal à appuyer sur la jambe droite. Je commence à penser que la suite de la descente va être très dure!

Je n’ai pas compté le nombre de rappels mais nous en avons fait au moins une vingtaine… il y en a surement qui auraient pu être évités, mais nous avons suivi les autres cordées, sans se poser trop de question, le principal étant de descendre. Et vu l’état de ma cuisse droite, c’était le plus raisonnable. Par contre, c’est long! … environ 4h30 (en comptant les temps d’attente) pour repasser la rimaye.

Nous retrouvons nos skis et là, je prends la décision (ça fait déjà un bon moment que j’y pense) de téléphoner aux secours. Je ne me vois pas descendre d’une part la grande traversée jusqu’au refuge, mais surtout le couloir en dessous. Je tiens debout, mais la jambe droite réagit mal et j’ai du mal à m’appuyer dessus. Dommage de terminer comme ça, mais c’est mieux que de finir en vrac en bas du couloir sous le refuge…

La suite… l’hélicoptère de la gendarmerie, Bertrand qui descend avec une autre cordée et l’hôpital de Sallanches pour un contrôle…

En quelques chiffres: 3h pour l’approche en ski de rando; 3h45 pour le sommet (couloir et arête) soit un total de 6h45.

Les divers topos donnent entre 4h30 à 7h30 du refuge au sommet… réflexion faite, même si j’étais un peu « à la ramasse » nous sommes restés dans la fourchette!

Pour terminer, malgré tout ce que j’ai écrit ci-dessus, c’est une belle course, à faire vraiment!!! Il faut un minimum d’aisance dans les couloirs de neige et une très bonne condition physique. Avec une bonne acclimatation à l’altitude, ça devient une course abordable. Exactement ce que je n’ai pas fait! Mais allez-y!!!

One thought on “La Verte!!!”

  1. Bravo Christian ! Quel récit, tu l’as enfin fait ! Quel fierté tu dois avoir !
    Toutes mes félicitations !
    Sportivement
    Pierre luc

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