Solukhumbu Trail 2012

Résumé du séjour au Népal 2012

Comment raconter 23 jours de voyage (dont 16 de course) sans m’étendre trop et lasser le lecteur? J’ai raconté la seule journée du Kala Pathar (et encore, seulement la montée, pas le reste de l’étape) et cela m’a pris 2 pages!!!

Je vais donc faire un résumé chronologique des journées et des étapes et j’ajouterai quelques impressions…

Dimanche 4 novembre 2012:

Roissy-Charles de Gaule, je regarde Philippe, Marie-Laure et Christine, mes accompagnateurs du jour, s’éloigner et je fais connaissance avec quelques-uns des coureurs que je vais côtoyer pendant 3 semaines.

Long voyage jusqu’à Abu Dhabi, avec une longue attente et suivi d’un nouveau long voyage pour enfin arriver à Katmandou!!! Oui, je n’aime pas rester assis dans un avion, mais il faut bien y passer si on veut voyager.

Bon, nous sommes lundi… Et à l’aéroport, ce n’est pas fini, il faut passer par la case « visa », avec la longue file d’attente…

le groupe au complet

le groupe au complet

La sortie se déroule mieux, l’organisation de Dawa nous attend, les photos, les « katas » (écharpes) et les bus pour retrouver l’hôtel. Il est 20h45… diner et vite « au lit! » J’ai encore mal de tête…

Je suis dans la même chambre que le kiné de l’organisation, très sympa et avec qui je peux discuter sur de nombreux sujets qui sont pour lui de l’ordre du boulot…

Mardi 6:

Mal de tête cette nuit, mal dormi et surtout très peu et ça ne passe pas… J’ai pourtant pris tout ce que je peux prendre comme médicament. Je ne déjeune presque pas, j’ai envie de vomir.

Je demande conseil au médecin, je prends ce qu’il me donne et je retourne me coucher. Tant pis pour le briefing.

Je redescends quand ça va mieux. C’est la remise des dossards, des polaires souvenirs (bonne qualité et jolie) le tout avec bien sur de nombreuses photos.

Visite en groupe du magasin de vêtements de sport du frère de Dawa. Certains ont beaucoup d’achats à faire pour compléter leurs bagages.

Retour à l’hôtel pour le repas, puis l’entretien médical avec la distribution du pack individuel de premier secours.

Préparation des sacs, avec pesée, pour ne pas dépasser le poids maxi autorisé.

Coucher rapide, j’ai toujours mal de tête!!!

Mercredi 7

Lever 5h15

Transport en bus pour aller à Jiri. Le bus est vraiment d’une autre génération… et les routes (si on peut appeler ça des routes) sont vraiment défoncées!!!

Beaux paysages, très variés au niveau végétation, changement de vallées.

Lors de l’arrêt pic-nic, nous commençons à voir des sommets enneigés.

3 kms avant Jiri, lors de l’arrêt contrôle d’identité et inscription pour le « passeport trek » nous descendons du bus et nous terminons le voyage à pieds, pour nous dégourdir les jambes.

Nous avons commencé à discuter et à faire connaissance.

Ce soir, nous sommes réparti dans 3 lodges, et c’est fini le confort des chambres d’hôtel…

Couché 20h30!

Jeudi 8 novembre: 1ère étape: Jiri – Bandar, 19kms, 1400m D+ et 1100mD-

007 la ligne de départ de la 1ère étapeRéveil 5h15: il faut faire le sac tout de suite… c’est le début de la longue série de « lever et sac »!!!

Il faut en effet faire rapidement le sac que je donne au porteur, si je veux qu’il ne soit pas trop tard à l’arrivée. Le porteur va lui aussi faire les même kms que je vais courir, mais avec mon sac (15kg) et ses affaires perso. Je ne garde qu’un petit sac de course avec un vêtement chaud, un coupe-vent, de l’eau, un peu d’alimentation pour l’étape et le minimum de matériel de sécurité demandé par l’organisation.

Le sommeil a été plus ou moins bon et agité, mais je n’ai plus le mal de tête que je traine depuis le début.

Départ des marcheurs, avec bien sur des photos!!!

Une heure après, c’est le tour des coureurs, photos, discours du Maire de Jiri… et enfin c’est le départ!!!

Ça part vite!!! Surtout par rapport à ce qu’on va faire aujourd’hui et les jours prochains. Je suis parti dans le peloton… erreur!!! La première montée me calme bien et je lâche le rythme. Je laisse partir de nombreux coureurs.

Au début, je courais même dans les légères montées, maintenant, je ne me lâche que sur les descentes; il n’y a quasiment pas de plat. Je me fais doubler… mais je laisse tomber, je veux finir et je me rends bien compte que je suis parti trop vite. Dawa et les médecins nous l’ont pourtant dit et répété: « Partez doucement, ne vous grillez pas sur les premières étapes, c’est là que nous allons nous acclimater. »

Je prends donc une allure plus proche de la grosse rando que de la course. Je grignote en courant, et petit à petit je vide la poche à eau. Il fait chaud. J’attaque la gourde de réserve. Enfin, la descente sur Bhandar… Arrivée en 3h49, je suis très loin au classement. Le niveau du groupe est très relevé, mais je suis venu pour finir! J’ai quand même pris le temps de faire quelques photos pendant la course. Je pense que je n’en suis pas à une poignée de secondes ni même de minutes.

Un repas nous attend dans notre lodge. Il fait chaud, il faut boire, boire beaucoup.

Je regarde les marcheurs et nos porteurs qui arrivent petit à petit. Jus de fruit, thé, … et mon porteur qui n’arrive toujours pas. J’aurais bien voulu prendre une douche. Je me sens de plus en plus mal et le mal de tête revient. Rien ne le fait passer. Je vais m’allonger, je ne tiens plus debout. Un comprimé supplémentaire finit par calmer un peu et je vais diner avec les autres à 18h30.

Coucher 21h, mais la « sieste » m’a coupé l’envie de dormir et je ne vais quasiment par fermer l’œil de la nuit.

Vendredi 9 : 2ème étape: Bhandar – Lamjura, 20kms, 1910mD+ et 600mD-

Réveil 6h15 et … les sacs!!!

Petit déjeuner tranquille, nous ne partons qu’à 8h30.

Départ très rapide, en descente pendant 10mn puis, alternance de belles descentes et de petites remontées. 1h10 de course et je passe les 2 ponts et … après ça monte!!! Je suis assez bien jusque-là, je prends le temps de faire quelques photos. Et j’attaque la montée avec quelques coureurs derrière moi.

Le premier 1/3, je suis assez bien, mais je pense que je ne bois pas assez (il fait chaud) et que je ne mange pas assez non plus. Et ce sont les crampes qui arrivent, suivies du coup de pompe. Je me fais reprendre par tous les coureurs sauf 1. J’achète un Coca au passage, mais il n’y a rien qui passe vraiment et je fini « à l’arrache », vraiment pas bien. Une 2ème étape de faite!!!

Mon porteur est arrivé. Boisson chaude et repas au coin du feu, ça fait du bien, car il fait froid; nous sommes à 3530m d’altitude, les lodges ne sont pas isolés et les portes toujours ouvertes…

Le kiné me fait un massage pour les crampes. Petite sieste, mais il fait froid, nous sommes répartis dans 3 lodges « bas de gamme » et le dortoir est glacial.

Après le repas, le mal de tête me reprend et après avoir tout essayé pour le faire passer, je vais voir le médecin. Je change de dortoir pour être dans le sien et une heure après un dernier comprimé (le plus fort que j’ai), il me fait une piqure de morphine! Son discours est assez simple, si ça ne passe pas, il peut bien sûr augmenter la dose, mais c’est aussi la fin du voyage pour moi!!!

La douleur s’est calmée et j’ai pu dormir un peu sur la fin de la nuit.

Samedi 10 : 3ème étape: Lamjura – Jumbesi, 12kms, 135m D+ et 810m D-

Il a bien gelé cette nuit et tout est blanc. C’est superbe!

Départ 9h pour notre plus courte étape. Une petite montée jusqu’au col puis une très grosse descente.013 lors de la 3ème étape

Je suis très couvert, avec même des grosses chaussettes… erreur!!! Sur la fin de la montée, j’enlève quelques couches et j’attaque la descente plein pot. Je suis assez bien parti (malgré les restes de la veille et la mauvaise nuit) mais je comprends vite que je ne tiendrai pas le rythme. Je décroche et je fini tranquille. Tant pis pour le classement, je suis dernier…

1h16 de course et je paye mon erreur de chaussettes avec 2 ongles de doigts de pieds bleus!!! J’ai compris, je ne mettrai les chaudes que le soir à l’étape.

Nous avons un beau lodge 3 étoiles avec de quoi laver un peu de linge et surtout prendre une douche chaude. Ça fait du bien, même si elle est plutôt rapide.

Repas, puis sieste, puis tout le groupe va visiter un temple et un monastère. Belle cérémonie au monastère, mais là, c’est trop long, je rentre avant la fin.

Nous devons préparer 2 sacs en commun avec un autre coureur (moi c’est avec François). L’un ira à l’arrivée de l’étape de demain et l’autre directement à l’étape suivante.

Aujourd’hui, pas de maux de tête.

Dimanche 11 : 4ème étape: Jumbesi – Beni, 25kms, 1999m D+ et 800m D-

J’ai dormi un peu… comme souvent, mal, par petites séquences (grand dortoir, avec ronfleurs et assez froid).

Aujourd’hui, c’est une grosse étape, avec 2 cols à plus de 4000m d’altitude, 25kms et 2000m de dénivelé positif. Cela me fait un peu peur, en voyant l’état dans lequel je suis…

Départ en footing léger sur les « faux-plat » du début d’étape. Le sac est lourd, 3,5 l d’eau et la doudoune. Je suis tout de suite en fin de peloton… tant pis, ne pas m’exploser, je monte tranquille, enfin pas trop quand même, …

Je suis rattrapé par les sherpas « serre-files » qui sont chargés de ramasser les balises après le passage du dernier coureur (aujourd’hui, c’est moi!).

Je rattrape le kiné et on fait une bonne partie de la montée ensemble. Ça fait du bien de ne pas être tout seul et de pouvoir parler un peu pour passer le temps. Je rattrape un coureur en difficulté, juste avant la dernière grosse montée. Malgré son sourire, il n’a pas l’air bien, sinon, il serait loin devant moi… le kiné reste avec lui.

La descente du col (4250m) sur notre camp de ce soir je la fait assez bien. Pas de chemin, des grosses pierres et de l’herbe. Je me sens un peu mieux et je me fais plaisir en rattrapant un peu de temps par la même occasion. Je suis vraiment plus à l’aise dans la descente que dans la montée.

DCIM100SPORTArrivé au camp, mon sac n’est pas là et je me recroqueville dans un coin de l’abri en pierre… je suis gelé. Quatre « murs » de pierres sèches, une bâche par-dessus, c’est notre « salle à manger » pour ce soir. Nous sommes à 3900m et j’ai froid!!! Je suis mal!!! Et mon sac qui n’arrive pas. Pas la peine d’aller dans la tente, elle est aussi froide. Je reste avec le groupe et avale des boissons chaudes. Je suis lessivé de cette longue étape, et le froid n’arrange rien!

Je réfléchis à l’étape de demain. Le règlement de la course laisse la possibilité aux coureurs de faire l’étape « marcheurs » (sans chrono et demain elle est plus courte) et d’avoir le temps du dernier de l’étape avec une pénalité d’une heure. Vu l’état dans lequel je suis à ce moment, je choisi cette option pour le lendemain. Tant pis pour mon classement, mon amour-propre… mais je veux arriver au bout de l’épreuve.

Quand mon sac arrive enfin, j’enfile tout : collant, pantalon de rando, pantalon d’alpi, 2 polaires, le coupe-vent. Puis, je me glisse dans mon sac de couchage… si, si, ça tient! Je me repose une petite heure avant d’aller diner.

Pour le diner, j’ai tous mes vêtements empilés sur moi. J’annonce à Dawa ma décision pour l’étape de demain. J’ai encore mal de tête. Quelques médocs, ça fini par passer et je peux dormir un peu (par épisodes). Nuit très froide, sous la tente, il fait sous les -10°.

Lundi 12 : 5ème étape: Beni – Taksindu environ 18kms, 200m D+, 1500mD- (étape incomplète)

Réveil 6h… dur de sortir du duvet! Vite, ranger les affaires et refaire le sac. Il fait froid!!! J’ai gardé la doudoune, tant pis pour le poids, je la porterai. J’ai pris moins d’eau, l’étape vat être plus courte.

Je pars en même temps que les autres (7h30) mais eux montent d’abord au lac (500m de dénivelé).

Je prends l’allure course, même si je sais que mon temps ne sera pas enregistré. Je reste tranquille quand même, je suis censé me reposer aujourd’hui. Je me sens un peu mieux que les jours précédents (ou moins mal). Dans les passages de descente technique, je me fais plaisir, mais je ne les enchaine pas, je fais quelques poses.

022 arrivée à TaksinduJe termine au monastère de Taksindu en 3h02, bien avant les autres, mais je n’ai pas fait la même distance.

J’ai le temps de prendre une douche chaude, de récupérer les sacs et de m’installer sous une tente (2ème et dernière nuit de camping). Je regarde ensuite les coureurs arriver. Il pleut et au col, ils ont eu du grésil et de la neige.

Repas, écriture du journal de bord et SMS pour la France, puis une petite sieste. J’essaie de dormir, mais sans y arriver.

Repas et bilan de la journée… Il y a de la casse!!! Entorse de la cheville pour le kiné, fracture du poignet pour une marcheuse, de nombreux cas de diarrhée, en plus de l’infirmier qui a fait un début de MAM hier soir et qui est passé dans le caisson.

Coucher 21h; la nuit est moins froide que la précédente (nous avons perdu 1000m d’altitude). Vers 5h, je me lève (WC) et j’ai le soleil levant sur tout le panorama… c’est magnifique!!! Vite des photos!

Mardi 13 : journée repos, marche de 5km jusqu’à Chulemo

Grasse mat!!! Lever 8h00!!!

A 8h30, nous visitons le monastère. C’est là que Dawa a passé 7 ans de son enfance. Les moines sont en prière. Nous assistons à cette « cérémonie ». Ils nous remettent la traditionnelle écharpe (kata) puis nous offrent le petit déjeuner. Le reste de la matinée est libre. Nous assistons à la course des porteurs (sur un parcours d’une dizaine de kms).

Grand soleil, séchage et aération de tout le linge et du matériel. Je m’occupe aussi un peu de moi… rasage,… les ongles de pieds,…

Après le repas, l’hélico vient récupérer les blessés pour les rapatrier sur Katmandou.

Une petite marche tranquille de 5kms pour aller jusqu’au village de Chulemo (village natal de Dawa). C’est vraiment une journée de repos!

Nous sommes répartis chez les habitants (4 ou 5 coureurs et quelques porteurs par logement). Je suis avec Frédéric, François, Patrick et notre coureur népalais Nigma. Les habitants sont très gentils. La maison avec à l’étage une grande pièce qui fait salle à manger, séjour, chambre et en dessous, la pièce qui sert de réserve. La cuisine est dehors, sous un petit abri et les WC … la petite cabane au fond du jardin.

Le thé en arrivant et une discussion un peu difficile… ha! Cette barrière du langage!

Diner à 18h30: une grosse soupe de légume (maïs, patates, carottes). J’ai rechargé le téléphone et envoyé quelques SMS. Nous laissons quelques billets pour notre hébergement (même si l’organisateur les a surement dédommagés pour le repas)

Ecriture du journal de bord au lit, en attendant la coupure de lumière. Les habitants nous laissent le lit et les banquettes et mettent des tapis de sol par terre pour eux et les porteurs…ça me fait un peu mal!!!

Rien pris pour dormir et le sommeil qui ne vient pas… Quelques cycles quand même avec des rêves… c’est bon signe.

Mercredi 14 : 6ème étape: Chulemo – Kharikhola : 15kms, 615m D+ et 1080m D-

Réveil 5h30, les sacs, le petit déjeuner et … direction l’école du village.

Nous retrouvons le reste du groupe, nous visitons l’école qui a été construite et entretenue grâce à Dawa (le bénéfice des courses qu’il organise revient dans son village). Nous assistons à une cérémonie de remise de diplôme aux écoliers. Dawa nous explique qu’on peut parrainer un enfant pour l’aider à suivre ses études.

Départ dans la cour de l’école. Une grosse descente assez technique par moment avec quelques « faux plats » pour souffler un peu. Je me fais plaisir et la descends à bloc!!! Je laisse pas mal de coureurs derrière. Je retrouve Thierry et nous allons faire la fin de la descente et le début de la remontée ensemble.

Superbes paysage dans le style de l’ile de la Réunion (arbres, fleurs, …) Nous sommes en effet sous ce genre de climat et comme aujourd’hui nous sommes à « basse altitude » nous pouvons admirer cette végétation typique.

Je « lève le pied » sur la 2ème partie de la montée, il ne faut pas que je m’explose aujourd’hui, car demain c’est une très longue étape. Je regarde partir Thierry sans insister. Je me fais rattraper aussi par le 2ème Thierry mais sur la petite descente finale, je plonge sur le village et lui reprends 2mn.

Repas, installation dans la chambre, mon sac est arrivé. Une bonne douche bien chaude et je fais même une toilette complète, avec rasage et brossage des dents. J’essaie d’envoyer des SMS pour donner de mes nouvelles, mais ça ne passe pas. Je remplis ce carnet de bord et me fais un bon massage à l’arnica, suivi d’une petite sieste.

C’est la fête dans le village voisin et nous sommes invités à y assister. Loterie; discours, danses… J’ai froid!!! Cela se finit en dans collective et je me réchauffe un peu.

Diner, chambre de 3, froide, comme d’habitude… je prends un comprimé pour m’aider à dormir et pour une fois j’ai un bon sommeil, complet pendant 5 heures d’affilé. Moins bien sur la fin de la nuit, mais c’est mieux que beaucoup d’autres fois.

Jeudi 15 : 7ème étape: Kharikhola – Phading: 28kms, 1636m D+ et 1003m D-

Lever 6h00

Départ 8h15 pour la plus longue des étapes.

Je pars assez bien, c’est-à-dire que je ne suis pas dernier et très vite, on fait un petit groupe de 3 avec Thierry (comme hier) et Fred (qui est devant d’habitude, mais qui n’est pas bien aujourd’hui). Bonne descente, grosse remontée, quelques faux plats… je m’accroche comme je peux aux 2 autres.

Coup d’œil et photos de paysage sans m’arrêter… J’ai du mal à rester avec mes 2 collègues. Mon sac est lourd. J’arrive à trottiner dans les descentes, mais je ne décolle pas dans les montées. Je finis par les laisser partir. Je termine « à l’arrache », je suis vidé. Je demande aux gens que je croise combien de temps il me reste avant l’arrivée (réponses plus ou moins fiables).

Enfin la ligne d’arrivée, avec un super lodge « 4 étoiles ».

Repas, douche, SMS (ça passe). J’achète une paire de gants (un peu plus chauds que ceux que j’ai emportés) dans un magasin du village.

Repos  et carnet de bord.

Repas. Dawa nous annonce (briefing du soir habituel) que demain nous passerons par Namché au lieu de Konde car le col est impraticable (trop de neige). C’est à peu près la même distance, mais avec un peu moins de dénivelé.

Couché 21h; 1 comprimé et une nuit correcte jusqu’à 2h00.

Vendredi 16 : 8ème étape: Phading – Thame: 22kms, 1025m D+ et 511m D-

5h50 lever, vite, les sacs. Aujourd’hui, j’allège mon sac de course (mon porteur en aura un peu plus). En effet, hier, les coureurs présents quand je suis arrivé, m’ont tous dit que je portais beaucoup trop lourd. Je garde le minimum indispensable au niveau vêtements et je prends moins d’eau (au besoin, j’achèterai sur la route).

Nous partons à 6h30, pour éviter un peu les convois de mules, zopioks, touristes, … car nous sommes sur un chemin très fréquenté (itinéraire du camp de base de l’Everest).

Départ en faux plat montant et … ça part très vite! Je m’accroche à Jean Marie qui va plus vite que moi d’habitude, mais qui n’est peut-être pas en forme ce matin. Je vais essayer de le suivre le plus longtemps possible, on verra bien… je me sens plus léger avec les 2 ou 3kg de moins dans le sac.

On passe sur un itinéraire que je connais jusqu’à Namché. Je retrouve des souvenirs. J’arrive à rester avec Jean Marie et ça tourne plutôt bien. Enfin, pour moi, car lui va plus vite que ça d’habitude, mais moi, je me sens mieux que les jours passés.

Je prends plus de plaisir à la course, par contre la fin de l’étape parait interminable, j’ai du mal à garder le rythme, mais je termine avec Jean Marie. Je fini beaucoup mieux au classement (enfin moins mal que d’habitude).

Lavage des pieds (énormément de poussière aujourd’hui), des semelles intérieures de chaussure, chaussettes et du buff.

Repas, et thé au soleil devant le lodge. Soin des pieds, des cuisses, …

Photos et SMS, mais pas de réseau. Rédaction de ce journal de bord et sieste. Et comme la plupart des après-midi, boire beaucoup (principalement du thé).

yack à Lunden

yack à Lunden

Chants et danses par les enfants de l’école du village et repas au chaud (poêle) mais la chambre est glaciale.

Petite nuit malgré le comprimé, et comme la plupart des nuits, il faut se lever pour aller faire un tour aux WC (phénomène lié à l’altitude et au fait qu’il faut boire beaucoup…)

Samedi 17 : 9ème étape : Thame – Lunden : 12kms, 615m D+ et 85m D-

Lever 7h00 – départ 9h00; c’est une petite étape

50m de plat, quelques foulées et … ça monte!!! Donc marche plus ou moins rapide. Après la première grosse montée, succession de faux plats, descentes et petites montées. J’arrive à suivre des coureurs en général devant moi, enfin, …  je les suis de loin.

Ça « roule » assez bien j’essaie de garder le rythme et de ne pas m’arrêter. Je sais que les 2 Thierry sont derrière moi et qu’ils finissent en général mieux que moi. Hier soir, l’un était quelques mn devant moi au classement général et l’autre quelques mn derrière. Je voudrais bien passer devant et m’éloigner un peu de la dernière place (encore un petit sursaut d’orgueil). Mais je sais aussi qu’il ne faut pas que je m’explose sur cette petite étape qui passe de 3800m à 4300, car demain c’est un gros morceau en haute altitude.

J’aperçois des maisons, ce doit être plus loin je cours seulement depuis 1h30… et puis si! C’est là!

… se changer, étaler les vêtements mouillés au soleil, secouer la poussière des chaussures et des semelles intérieure ainsi que des chaussettes… et puis déjeuner!

Pas de réseau, tant pis pour les SMS

Photos, mais gros problème… mes piles sont usées et celles que j’ai achetées à l’étape précédente ne valent rien du tout et sont déjà HS. Jef m’en passe 2. Merci beaucoup!

Nous sommes dans 3 lodges différents ce soir. Je retrouve le principal du groupe et je rentre les temps de l’étape dans l’ordinateur du médecin. C’est lui qui gère cela habituellement, mais il est content d’avoir un coup de main. Lui, il faut qu’il s’occupe de lui en plus des « bobos » des coureurs. Aujourd’hui, j’ai laissé les 2 Thierry loin derrière, demain, je monte tranquillement, en gérant.

Je prépare mon sac de course pour demain; il faudra des vêtements chauds et les crampons. Pas les crampons d’alpinisme, mais un genre de petites chaines pour basket.

Soin des petits bobos et sieste; mais dans de mauvaises conditions car le poêle du lodge (dans la salle commune, pas dans le dortoir) brule de la bouse de yack séchée et la fumée s’infiltre dans notre dortoir. C’est horrible, ça brule la gorge et comme d’habitude, le dortoir est glacial. Je vais rédiger mon carnet de bord dans la pièce commune.

Diner; l’odeur de cette fumée est vraiment atroce. On rentre vite dans le dortoir, mais c’est pire. On se couche, la porte grande ouverte pour aérer!!! Nous sommes à 4300m d’altitude et … ça caille!!! Je me couche habillé avec le sac de couchage en polaire dans le duvet et un foulard sur le nez pour atténuer l’odeur. Et je dors un peu quand même.

Dimanche 18 : 10ème étape: Thame – Gokio Ri: 16km, 1540m D+ et 1310 D-

Réveil 6h45, vite les sacs, mais après nous avons le temps, nous partons à 9h00 pour attendre que cela se réchauffe un peu. Mais un peu seulement, car je pars avec le collant en plus du pantalon d’alpi et la polaire en haut.

départ 10ème étape

départ 10ème étape

3 ou 4 foulées de course et …ça monte!!! Je cherche le meilleur rythme de marche plus ou moins rapide selon la pente, voire très lent quand le sentier se redresse beaucoup.

Dans la première grosse montée, j’étais loin derrière, mais sur un long faux plat (avec alternance montées descentes) je reprends des coureurs qui sont devant moi d’habitude. J’essaie de garder un rythme régulier sur la très grosse montée finale du Renjo Pass… ne pas s’arrêter, économiser au maximum les efforts…

Au col, Le Renjo Pass, c’est superbement beau!!! Vue sur l’Everest, le Makalu et plein d’autres sommets, c’est magnifique. Nous sommes à 5350m, je pose mon sac quelques minutes, séance photos… Heureux!!! Et puis, vite, je plonge dans la descente. Sylvie (une concurrente qui a fait l’édition 2010 de ce trail) nous l’avait dit: « en haut du Renjo, vous allez pleurer! » et c’est vrai, j’ai les yeux tout mouillés. Et je pleure encore dans la descente en pensant à la famille. Super descente sur un rythme beaucoup plus rapide que tout ce que j’ai fais depuis le début. Je calme 2 ou 3 fois l’allure, attention de ne pas s’emballer, mais je me sens vraiment bien.

 sommet du Renjo Pass au fond l'Everest

sommet du Renjo Pass au fond l’Everest

Dernière grosse remontée, pour arriver au Gokio Ri (5300m). Je suis à bloc, c’est-à-dire pas très vite, mais nous sommes encore à plus de 5000m d’altitude et le balisage (pas de chemin) monte pleine pente… je fais 2 ou 3 pauses, mais je ne perds pas trop de temps et je termine l’étape avec une place inhabituelle depuis le début de cette épreuve.

En haut, c’est superbe!!! J’en pleure encore! Je pense très fort à toute la famille, aux amis… Des photos pour leur montrer, je suis heureux!!!

Les autres coureurs déjà arrivés attendent les suivants (à part les premiers qui sont arrivés depuis très longtemps). Je reste moi aussi pour encourager les derniers qui arrivent. Puis nous descendons tous ensembles tranquillement sur le village de Gokio. Je sens que j’ai les jambes rincées… J’ai peut-être été un peu violent aujourd’hui.

Les sacs sont arrivés… la chambre…un déjeuner et une douche!

Les SMS ne passent pas. Je téléphone à la maison (avec le tel du lodge), mais c’est le répondeur…

Je rédige mon journal. Début de mal de tête, qui passe un peu au premier comprimé, mais qui revient après le repas. J’ai beaucoup de mal à le faire passer et je peux enfin m’endormir vers 4h du matin! Courte nuit!!!

Lundi 19 : 11ème étape : Gokio – Dragnac : 20kms, 970m D+ et 750m D-

Lever 7h30; superbe beau temps, comme depuis quelques jours.

Départ pour une marche de liaison jusqu’au lac Gyazumba (au pied du Cho Oyu) où sera donné le départ de l’étape (5350m).

Nous montons tranquillement, nous ne sommes pas en course… Photos… c’est beau !!! Vue sur l’Everest…

 départ 11ème étape

départ 11ème étape

C’est un départ de fou pour un bon nombre de coureurs. Je pars plus tranquillement, mais en essayant quand même de lâcher les quelques derniers du groupe. C’est relativement roulant et en descente, jusqu’au village où nous avons dormi, mais avec un très fort vent de face glacial. Avec l’altitude et l’effort, je ventile à fond et malgré le buff ça me brule les poumons.

Nous attaquons ensuite la traversée du glacier. Il est entièrement recouvert de cailloux et de sable… on ne voit la glace que sur les crevasses. Quelques photos rapides et je termine sans perdre trop de temps mais sans forcer trop non plus…il y a encore des grosses étapes !

Dragnac !!! C’est juste un lodge (quelques maisons) mais un superbe lodge !!!

Mettre une polaire sèche, prendre une chambre, déjeuner… la routine ! Pas de réseau, tant pis pour les SMS. Dépoussiérage des vêtements et des chaussures et lavage des pieds dans le torrent… c’est froid !!! Des yacks prennent une douche sous le tuyau d’eau.

Une petite sieste, je ne dors pas, mais je relâche les muscles. Internet étant accessible au lodge (Dawa nous offre la connexion) j’arrive à envoyer un mail à la famille.

Un bon dîner (soupe, spaghetti et fruits au sirop) et coucher à 20h30!

Mardi 20 : 12ème étape : Dragnac – Lobuche : 19kms, 810m D+ et 650m D-

Je suis content, j’ai dormi 4 à 5 h d’affilé puis 2 autres petites périodes; je me sens bien.

 descente du Chola Pass

descente du Chola Pass

Départ 9h, ça monte tout de suite, je ne cours même pas. Dans la première grosse montée, je ne suis pas trop mal ; il y a une poignée de coureurs derrière moi. Mais après le long faux plat je cale complètement dans la montée finale du Cho La Pass, un col à 5330m d’altitude. Les dernières centaines de mètres sont dans un infâme pierrier. Je me fais rattraper et je sens que je n’ai pas de jambes.

Début de la descente, il faut mettre les crampons pour traverser le glacier. J’arrive à courir un peu sur la glace mais la suite est très dure… La désescalade me plairai sûrement à un autre moment, mais pas aujourd’hui ! Trois chutes, heureusement sans gravité, mais qui prouvent mon état de fatigue. Je n’ai pas de jambes, je me traîne, je n’arrive pas à relancer. J’essaie de manger et boire mais ça ne suffit pas…la fin me paraît interminable !

Lobuche (4970m altitude), le repas d’arrivée, et je vais m’allonger un peu, mais… impossible de rester allongé. En position horizontale, je suffoque et je n’arrive pas à reprendre ma respiration. Je vais consulter les médecins qui paraissent inquiets en voyant mon état… le seul point rassurant, c’est qu’ils ne détectent pas d’eau dans mes poumons (donc pas de début d’œdème).

Mais sur tous les autres tests, rien de bien!!! Mon taux de saturation est de 75%, alors que nous sommes en altitude depuis 12 jours et que les autres coureurs sont autour de 85 à 92% (sans parler des Népalais). Mon rythme cardiaque qui devrait augmenter pour compenser ce manque d’oxygène reste désespérément bas (57ppm)… Bref, si ça ne va pas un peu mieux pendant la nuit, je dois m’attendre à descendre demain matin voire pire, si aggravation, j’ai droit au caisson, et là c’est la fin de la course! De plus j’ai très peu uriné dans la journée et c’est aussi un mauvais signe… Je passe donc la fin de journée à avaler des litres d’eau chaude (thé, …) ce qui me vaudra de me relever 6 fois dans la nuit, mais au moins les reins fonctionnent. J’ai droit à quelques « pilules magiques », mais j’ai peu d’espoir de monter au Kala Pattar demain.

La nuit, j’en passe une bonne partie assis sur ma couchette, le dos contre la cloison, en essayant de trouver une respiration « normale » et sur la fin cela va un peu mieux et j’arrive à rester allongé et dormir un peu.

Mercredi 21 : 13ème étape : Lobuche – Periche

Je me lève plus tôt que les autres coureurs, pour aller voir les médecins avant qu’ils ne partent (avec le groupe des marcheurs). Le test de saturation est moins mal qu’hier, et quand je force la ventilation il monte un peu. Le pouls est encore trop bas, mais toujours pas de bruit suspect dans les poumons…

J’ai le feu vert des médecins: « Tu peux y aller si tu veux, c’est toi qui décide mais si tu montes, c’est doucement et surtout tu n’insistes pas, au moindre problème tu arrêtes et tu redescends! Nous ne montons pas le caisson au sommet ». Ma décision était déjà prise et quand à monter doucement je me doutais que je n’allais pas aller vite…

Nous sommes partis de Lobuche en marche de liaison, c’est-à-dire non chronométré, dans une ambiance sympathique (comme d’habitude), les meilleurs coureurs s’amusant bien, mais attendant régulièrement les plus lents (comme moi). Cette liaison « avant étape » représente environ 7kms, mais surtout 700m de dénivelé.

La première partie du trajet (5kms), jusqu’à Gorak Shep (5200m), se déroule assez bien, en ce qui me concerne. Je me sentirai presque rassuré sur mon état qui était cette nuit encore critique.

Gorak Shep, Kala Pattar et Pumo Ri

Gorak Shep, Kala Pattar et Pumo Ri

Mais maintenant, j’ai passé le replat sablonneux de Gorak Shep et j’entame les 350 derniers mètres de dénivelé. La bouche grande ouverte derrière le foulard, je m’applique à ventiler un maximum et le plus régulièrement possible. Economiser l’effort au maximum, ne pas lever les pieds mais les glisser au ras du sol, des petits pas, rythmer avec la respiration, bien s’appuyer sur les bâtons… et ne pas se poser de question!!!

Les meilleurs coureurs, paraissent faciles, d’autres ont l’air de peiner comme moi… L’altitude ça ne pardonne pas, à 5000m, le corps n’a plus que 50% de ses capacités (par rapport au niveau de la mer).

Une partie du groupe s’arrête. Dawa prend quelques belles photos de coureurs en action. Il nous fait courir sur une dizaine de mètres (en descendant bien sûr) avec une foulée la plus esthétique possible. Malgré mon état, je me prends au jeu aussi.

La pause (j’ai regardé les autres passer) pour la séance photo m’a permis de reprendre mon souffle. Je repars bien, mais c’est de courte durée. Sylvie (une des coureuses et infirmière de métier) s’inquiète, me rappelle qu’il n’y a pas le caisson et me demande de ne pas insister… « Ne t’inquiètes pas, ça va!!! » Mais visiblement mon allure ne doit pas « coller » avec cette réponse car elle renouvelle ses conseils de prudence.

Je continue, je sens que le corps est proche de sa limite, mais ce qui me « rassure » un peu, c’est l’absence de nausées, maux de tête et autres vertiges qui annonceraient un MAM (*) imminent. Un pas de plus, un autre… le cerveau fonctionne encore… La préparation mentale et les conseils que j’ai piochés dans un livre sur l’Ultra-Trail sont efficaces. J’essaie de me concentrer sur des « images positives » Les neurones ont du mal à rester connectés, mais le résultat est là, je continue de monter. Dans ma tête, je fais tourner en boucle les photos de mes Filles, de

devant l'Everest et le Nuptse

devant l’Everest et le Nuptse

Christine, de la ligne d’arrivée de l’UTMB (**), mes Parents, mes Amis. Je n’ose plus lever les yeux, car j’ai chaque fois l’impression que le sommet s’éloigne! Interminable!!! Ne pas s’arrêter!!!

Les cris d’encouragement et les applaudissements des copains, les coureurs, mais aussi les marcheurs (partis très tôt ce matin)… Je suis en haut!!! J’ai gagné!!! Non pas la course face aux autres, mais l’épreuve face à moi-même! Je ne suis pas encore arrivé à Lukla (***) mais j’ai franchi la principale étape que je m’étais fixée.

Le paysage est grandiose, tout autour de nous des sommets prestigieux, dont l’Everest, sur fond de ciel bleu, de quoi effacer toutes les difficultés de cette montée. Poignées de mains, accolades, émotion, … et pleurs… de joie, mais pleurs!!! Moi qui ne suis pas un grand sentimental je me laisse aller aux larmes et je refais défiler toutes celles et ceux qui m’ont aidé dans cette montée. J’embrasse Christine (enfin, son alliance) et je remercie tous ceux qui m’ont soutenu et encouragé!!!

Quelques larmes encore, et … beaucoup de photos!!! C’est trop beau!!! C’est trop grandiose!!!

Séance de photos de groupe, avec les banderoles et c’est le départ de l’étape…

Un départ de fou pour la plupart des coureurs, nous plongeons tous dans cette descente sur Gorak Shep, moi aussi, même si mon allure n’a rien à voir avec celle des premiers. Je me fais vraiment plaisir et ça compense la souffrance de la montée!

descente du Kala Pattar

descente du Kala Pattar

J’enlève quelques couches de vêtements en arrivant sur « la plage » de Gorak Shep et je prends une allure plus tranquille pour la suite de l’étape. Je retrouve des souvenirs, car j’ai déjà parcouru ce passage pendant le Marathon de l’Everest en 2010.

J’arrive à courir assez bien (en footing tranquille), même sur les parties plates, mais je n’enchaine pas très longtemps, je marche de temps en temps pour souffler. Ça ne sert à rien de m’exploser maintenant. Il faut finir! Pour le classement, je sais que je ne serai pas dernier (sauf accident).

La fin me parait interminable, et en plus, je loupe le balisage et je commence à descendre sur un autre village que celui de l’arrivée! Enfin Pheriche (4240m) nous sommes bien redescendus, et il ne reste plus que 2 étapes!

Repas, douche, rasage… ça fait du bien!

Toujours pas de réseau, donc de communication avec la France. Je rempli mon journal de bord et je vais me mettre « à l’horizontale »… super!!! Je ne suis pas essoufflé, je respire normalement!!!

Lors du briefing du soir, certains coureurs proposent de neutraliser la dernière étape, celle qui va de Namché à Lukla, pour que tous, nous fassions le chemin ensemble. La proposition est retenue à l’unanimité des concurrents ainsi que des organisateurs. Demain sera donc la dernière étape chronométrée.

Repas et coucher à 21h00… suivi d’une assez bonne nuit (comparée à d’autres)

(*) – Mal Aigu des Montagnes: conséquence de l’altitude (pas assez acclimaté) et risque de provoquer un œdème cérébral ou pulmonaire. Il faut descendre très vite.

(**) – UTMB: Ultra Trail du Mont Blanc: un des Ultras les plus célèbres qui fait le Tour du Massif du Mont Blanc (170kms et 10 000m de dénivelé). J’ai participé et terminé en 2009 (en 42h30).

(***) – Ville d’arrivée de la dernière étape du Solu Khumbu Trail.

Jeudi 22 : 14ème étape : Periche – Namche Bazar : 24kms, 110m D+ et 1860 D-

Je me lève un peu plus tôt que dab, pour masser les cuisses qui sont très douloureuses à la suite des efforts d’hier. Je mets aussi du strap sur les talons … les pieds ont beaucoup souffert des frottements dû à la poussière que nous avons ramassé tout au long de la course.

Départ 9h00; je me sens bien, et je pars au milieu du peloton. Je m’accroche à un petit groupe qui est largement devant moi d’habitude. Mais les jambes vont bien et le souffle, … je fais avec. Je m’accroche à cette place, je relance dès que je peux, je dévale les descentes et j’enchaine les montées au mieux. J’arrive même à rattraper des coureurs bien mieux classés que moi. Je me sens bien, je garde le rythme et je me fais plaisir!

 passage au monastère de Tengboche

passage au monastère de Tengboche

Je prends quand même quelques secondes par ci par là pour faire des photos… superbes vues!!! Attention aux balises, ne pas se perdre!

Les cuisses et les genoux commencent à surchauffer, je ralenti à quelques reprises, pour récupérer un peu, mais le moins possible. J’ai Sylvie en point de mire, plus ou moins loin. J’essaie de ne rien lâcher. Je retrouve quelques vue connues (souvenirs du Marathon de l’Everest 2010), mais nous n’empruntons pas exactement le même chemin et je suis attentif aux balises.

La traversée de Khumjung, … il me reste cet immense escalier, que je connais bien,  pour passer le col. Il me parait bien moins dur qu’à la fin du Marathon de l’Everest. Je plonge sur Namché, en faisant toujours attention aux balises, car le chemin n’est pas évident. La traversée de Namché… c’est fini!! Super heureux!!! 14ème de l’étape, ma meilleure place depuis le début.

Himalaya Lodge, un beau lodge!!!

Douche, lavage de chaussettes, mais je pense que ça ne séchera pas. De toute façon, je suis sale, toutes mes fringues sont sales… il faudra attendre Katmandou, l’hôtel et les vêtements de rechange laissés au départ. Ça ira bien encore 2 jours!!!

Je ne vais pas faire le tour de Namché comme les copains, je n’ai rien à acheter et j’ai déjà visité la dernière fois. J’en profite pour remplir mon journal, envoyer des SMS et je téléphone aussi à Virginie. Je rentre ensuite les temps de l’étape dans l’ordinateur de l’organisation. Je l’ai fait sur plus de la moitié des étapes, et ce soir, c’est la dernière fois que je sors le classement du jour.

Vendredi 23 : 15ème étape : Namche – Lukla 21 kms, 600m D+ et 1230m D-

Pour le dernier jour, il faut se lever à 3h30, pour partir à 4h30. C’est pour éviter au maximum le trafic de convois de mules, zopkios, porteurs, … car aujourd’hui, nous sommes sur un itinéraire hyper fréquenté avec en plus, beaucoup de ponts à traverser.

Coureurs et marcheurs partent en même temps en convoi pour la grande descente jusqu’au premier pont. Enorme poussière, mais jolie guirlande de frontales.

Au pont, il fait jour et les marcheurs continuent. Les coureurs se préparent pour le dernier départ. Certains se mettent en court, mais perso, je garde une épaisseur supplémentaire en haut et en bas.

Départ de la dernière étape, mais aujourd’hui, c’est pour le fun, et c’est tranquille!!! Comme convenu tous ensemble avant-hier, la course est neutralisée aujourd’hui et nous restons ensemble jusqu’à Lukla. Heureusement, car j’aurais bien du mal à aller plus vite. J’ai trop tiré sur la machine hier et je paye aujourd’hui. Les genoux et les cuisses n’en veulent plus!

Pa moment, la caravane s’étire, mais nous nous rassemblons tous à l’entrée de Lukla et nous terminons ensembles à allure de footing.

 avec Dawa à l'arrivée

avec Dawa à l’arrivée

C’est fini!!! Et pourtant, je ne réalise pas très bien…

Déjeuner au soleil

Je fais un rapide lavage des pieds, juste pour enlever le sable et la poussière que nous avons ramassés aujourd’hui. Je n’ai plus rien de propre et pas envie de prendre une douche dans le froid (petite cabane pour la douche à côté du lodge…).

Remise des dotations et des payes aux porteurs; tirage au sort des lots de vêtements et autres objets donnés par les coureurs et marcheurs.

Passage par la boulangerie pour un gâteau au chocolat et un bon café!

Un petit tour dans le village avec quelques copains et Dawa qui nous fait découvrir un lodge où on mange de super « momos »

Avant le diner, nous avons droit à des chants et danses Népalaises, et pour une fois, c’est un groupe uniquement masculin. On est tous fatigués, et après le diner, je me couche rapidement.

Début de nuit, assez bon, mais vers 3h, je retrouve mes problèmes de souffle et de passage en apnée. Pourtant, nous sommes bien bas par rapport aux jours précédents. J’essaie la position assise, et après un bon moment, je me remets allongé et ça passe.

Samedi 24 :

Lever 8h00

Consignes: les sacs prêts à 11h et vérification du poids des sacs.

Je me fais interviewer par notre caméraman Nicolas.

Un dernier petit tour en ville pour acheter une carte de notre itinéraire et un bonnet souvenir du Renjo Pass.

Et on attend!!! (sur la terrasse du lodge)

Pas d’avion ni à l’arrivée ni au départ… Depuis le lodge, nous pouvons voir l’aéroport et de toute façon, nous les entendons. Quelques hélicos arrivent et repartent.

Nous passons le temps avec des jeux de cartes et le lodge nous sert une soupe.

Vers 14h, Dawa nous annonce que pour des raisons météo, les avions ne peuvent pas venir de Katmandou, et que si nous voulons rentrer avant le départ de notre avion pour l’Europe, il nous reste l’option de l’hélico. C’est 210€ de plus, il faudra de nombreuses rotations, mais … pas trop le choix. Il reprend son tel pour faire déplacer le plus rapidement possible des hélicos.

Et nous, … on attend!!! Finalement, un seul hélico partira ce soir, …nous allons donc passer une nuit supplémentaire ici… pas de douche, le froid, … et rien à faire.

Par petits groupes nous trainons dans Lukla (on a vite fait le tour…). Un arrêt au café pour un cappuccino et un gâteau au chocolat (pas terrible).

Carnet de bord, SMS… discussions.

Dimanche 25

Mauvaise nuit, une de plus…

Lever 6h45, nous guettons les bruits de moteur… Départ d’un hélico, malgré la brume…

Petit déjeuner, mais les vols d’hélico ne s’enchainent pas bien et nous prenons du retard sur les horaires théoriques. Enfin on nous appelle! Direction la DZ pour une nouvelle attente.

Enfin, c’est à nous, un groupe de 8 dans un gros hélico.

Environ 1h de vol, avec au début beaucoup de nuages et sur la 2ème moitié du parcours de superbes vues sur les hauts sommets.

A l’arrivée, nous sommes attendus et le retour à l’hôtel est sans problème; mais le retour dans la soit disant civilisation est vraiment brutal!!! Pollution, bruit, … c’est l’horreur!!!

Par contre, la douche chaude dans une salle de bain confortable et chauffée, c’est super! Le genre de plaisir simple mais qui commençait à manquer. Et puis enfiler des vêtements propres… un luxe!!!

Nous nous retrouvons à trois pour aller faire quelques achats cadeaux; mais une petite pause déjeuner d’abord!

Nombreux achat chez Sonam (le frère de Dawa) qui  vend des vêtements de montagne.

Retour à l’hôtel, tout le groupe est bien rentré de Lukla. Ce soir, c’est la cérémonie officielle de remise des récompenses avec de nombreuses personnalités Népalaises. Ça se passe dans les jardins d’un restaurant proche de l’hôtel (à l’hôtel, il y a un mariage).

La cérémonie traine un peu à cause des nombreux discours, mais ça se passe bien dans une très bonne ambiance (comme tout le séjour). Nous avons droit à de nombreux cadeaux et un super repas du style « fondue Népalaise ».

Je rentre seul à l’hôtel et réussis à ne pas me perdre dans Katmandou.

Une nuit moyenne au niveau nombre d’heures de sommeil (pas grave, la course est finie et je dormirai dans l’avion), mais … on est bien dans un bon lit avec des draps propres et pas un duvet sale et des fringues poussiéreuses.

Lundi 26:

Lever 7h30; petit déjeuner tranquille, j’ai décidé de ne pas aller visiter le temple proposé par l’organisation (ils ne sont pas nombreux à y aller).

Petite balade autour de l’hôtel, quelques derniers achats, un déjeuner avec les copains et …le départ vers l’aéroport!!!

Rien à dire sur le retour, à part que c’est long!!! Surtout quand on a hâte de retrouver la famille et les amis!!!

A lire ce récit on voit bien que j’ai vécu des moments difficiles, aussi bien pour le physique que pour le mental. Cela m’a permis de prouver une fois de plus (et plus fort que toutes les autres) que le corps humain est beaucoup plus solide que l’on croit et capable de bien des prouesses, comme par exemple terminer chaque jour une course difficile, en haute montagne, avec les courbatures de la veille…

Mais pour compenser ces quelques difficultés, il y avait tellement de beaux paysages, de contacts humains, de solidarité entre coureurs, de découvertes, que la question « Et si c’était à refaire? » ne se pose même pas!!!

Une superbe course, un super voyage, un groupe sympathique, une organisation et un organisateur (Dawa) au top, des instants magiques et surtout une extraordinaire expérience!!!