Ultra Trail Puy Mary Aurillac en duo!

Ultra Trail Puy Mary Aurillac en duo!

Une belle course qui part d’Aurillac, remonte les gorges de la Jordanne, passe au sommet du Puy Mary (et de nombreux autres Puys) et revient à Aurillac.
Initialement prévue pour 105kms, je pense que le tracé était plutôt autour de 110kms car lors du briefing, les organisateurs nous ont annoncé quelques modifications pour éviter certains passages de bitume.
Je me suis inscrit pour le faire en duo avec Fifi (Philippe P.). Je prends le premier relais, c’est-à-dire 62 à 65kms environ (et 3500m de D+) et à la station du Lioran (3ème ravitaillement) je passe le relais à Philippe qui termine la boucle (environ 45kms).
Départ samedi matin 0h00. Je me suis couché 3h dans notre hébergement du week-end, mais je n’ai pas dormi. Le mal de tête qui m’a gêné une bonne partie de la semaine s’est manifesté à nouveau dans la soirée.
Dès le départ, je me sens mieux, comme à chaque début de course, j’oublie le stress et l’appréhension des heures voire des jours précédant l’épreuve.
Le début du parcours n’est pas plat (grosse montée en sortant d’Aurillac), mais assez roulant et je me sens assez bien. Il fait frais, les jambes tournent bien et je suis au 1er ravitaillement (17ème km) en 2h11. Ce qui est plutôt en avance par rapport à mes prévisions.
Je n’ai que 2 ravitaillements et un point d’eau pour mes 65kms, j’ai donc dans mon sac quelques tubes « gels de course » et quelques barres de céréales (spéciales course aussi); sans oublier bien entendu la poche à eau (obligatoire).
Je rempli la poche, je bois un petit bol de soupe (eau + sels minéraux) et c’est reparti, je ne m’attarde pas.
Mais très vite, ça va beaucoup moins bien. Ce ne sont pas mes jambes, mais mon tube digestif qui me gêne. Diarrhée, puis envie de vomir… pas facile de courir dans ces conditions…
Le terrain devient beaucoup moins roulant. Grosses montées, mais c’est normal, je savais qu’il y avait du dénivelé, mais par contre, les grosses flaques de boues qui inondent le chemin… j’évite autant que possible, au début, et plouf… les pieds trempés et de la boue plein les chaussures!
Et mon état ne s’améliore pas, je suis obligé de m’arrêter souvent, trouver un petit coin à l’écart du chemin… Je me vide et je n’arrive pas à m’alimenter. J’ai mangé depuis le début de la course une ½ barre de céréale mais je sens qu’une bouchée de plus et je vomi le tout. Dur de continuer dans ces conditions, l’avance que j’avais au premier ravitaillement par rapport à mes prévisions, a fondu. Et même dans les descentes, où je suis bien d’habitude, j’ai du mal à courir. Il faut dire que le terrain ne s’y prête pas, il y a toujours de grands passages boueux et glissants et d’autres hors-chemin, au milieu de la prairie, souvent en dévers et labourés par les 300 à 400 coureurs devant moi.
Le jour se lève, j’enlève le coupe-vent, mais sur le col suivant, le vent s’est levé aussi et je le remets.
Deuxième ravitaillement enfin!!! Il me reste environ 23kms mais avec 2 très grosses montées (et quelques autres).
Je rempli ma réserve d’eau, je réussi à manger 1 figue sèche… et je cours aux toilettes. Je prends aussi 2 comprimés que me fournit un autre coureur (la solidarité!!!) pour bloquer mes problèmes intestinaux.
Dès la sortie du ravito, ça monte raide. J’ai rangé le coupe-vent, mais il ne fait pas assez chaud pour se mettre en débardeur, je garde donc les manches longues.
Une longue, très longue montée et encore plus longue car j’ai la sensation de me trainer!!! Ce qui n’est pas complètement faux, je n’avance vraiment pas vite. Je n’ai plus besoin de m’arrêter pour chercher « des toilettes », mais je n’arrive toujours pas à m’alimenter, à cause de cette envie de vomir. Ce n’est vraiment pas mon jour!
J’arrive enfin au col, et je pensai trouver juste derrière le ravitaillement en eau du « Pas de Peyrol », mais non!!! Nous devons redescendre, encore des passages très boueux, en dévers et j’ai bien du mal à relancer un peu l’allure. La remonté sur la route et enfin le point d’eau, synonyme de la fin des grosses difficultés et surtout des 10 derniers kms!
Je prends le temps de souffler un peu et d’essayer de prendre quelques miettes de pâte de fruit. Il me reste suffisamment d’eau dans la poche, je n’en ai pas consommé beaucoup (pas bon signe). J’en prends un verre pour essayer de faire passer les quelques grammes de solide et je repars. J’ai aussi profité de ce petit arrêt pour envoyer un SMS à Philippe pour lui indiquer mon avancée, mais aussi mon état. Il doit commencer à s’inquiéter de ne pas me voir arriver.
Les plus grosses difficultés sont soi-disant passées, mais il faut quand même avaler la série de marches qui montent au Puy Mary!!! Je pense à bien souffler, je monte tranquillement, je pense à mon trail au Népal et je me revois sur les pentes du Kalha Patar. L’altitude et ses problèmes en moins, mais je suis dans le même état que ce jour-là! J’y vais donc de la même façon et je me dis aussi que je n’ai pas le droit de m’arrêter là! Je guète l’arrivée de l’hypoglycémie, car avec le peu que j’ai mangé et les efforts que je fais, je sais que je vais avoir du mal à finir. Je m’appuie bien sur les bâtons, même si les coudes commencent eux aussi à me faire souffrir.
A chaque fois que je sens l’hypo arriver (la sensation de vide, les points brillants, les jambes qui flajolent…) je m’assois au bord du chemin et je prends 1 ou 2 grammes de gel. Il n’y a que cela qui passe et en toute petite quantité. Et après 2 ou 3 mn de pause, je repars.
Le sommet du Puy Mary!!! Mais ce n’est pas fini, la ligne de crête que m’indique le contrôleur me parait interminable… La descente sur le col, avec ses petits passages techniques et un peu de désescalade me plait, je passe beaucoup mieux que les concurrents autour de moi. Mais sur la remontée en face, vers le Puy suivant, je reperds la cadence. Le sommet et… encore une descente avec au loin encore une montée… j’arrive encore à courir sur une bonne partie de cette descente, malgré mon état, mais je reste vigilant (autant que possible) sur les signes d’hypo. Ce n’est pas le moment de faire un faux pas!
Au fond, dans la vallée, la station du Lioran!!! « Ça descend jusqu’au ravitaillement… » Oui, ça c’est ce que les contrôleurs disent pour encourager, mais je n’y crois qu’à moitié. J’y vais quand même sur un bon rythme (c’est tout relatif!) mais je reste quand même prudent car je sais que je n’ai pas tous mes réflexes et cette descente n’est pas si facile.
Un bon chemin, qui descend tranquille, ça sent la fin… Je croise une randonneuse qui m’annonce 2 kms de l’arrivée. J’attrape le téléphone en continuant de courir et j’appelle Philippe pour qu’il se prépare. « Il me reste 1km de descente! J’arrive! » Je raccroche et là, je sors de la forêt et… devant moi le chemin remonte sur au moins 400m! Deux coureurs que je viens de rattraper ont l’ai découragés; j’accuse un peu le coup aussi, mais je ne vais pas faiblir sur le dernier km, j’ai suffisamment trainé comme cela.
La « bosse » passée, je vois le ravitaillement, je dévale les derniers mètres. Philippe m’attend à côté du point de contrôle.je badge mon dossard, lui le sien, un encouragement, et il est parti! Je peux m’écrouler sur une chaise, sous le barnum ravitaillement.
Je souffle un peu et prend le temps de grignoter; ça passe, mais je n’insiste pas trop, je verrai plus tard. J’ai fini! J’ai réussi à passer le relais, surement très loin au classement, mais encore dans les délais.

Philippe va s’en sortir très bien, même si il reconnaitra que c’était dur et que la dernière montée avant l’arrivée lui a un peu cassé le moral.

Pour ma part, j’ai vraiment souffert, même si ce n’est pas la course la plus longue ou difficile (et de loin) que j’ai faite, mais les conditions (le terrain et surtout mon état) l’on vraiment rendue pénible.
Pendant plusieurs heures, j’ai flirté avec la rupture. Mais le mental a été suffisamment fort pour pousser ce corps qui « n’en voulait plus » un peu plus près de ses limites, avec assez de lucidité pour ne pas les franchir et s’écrouler.
Je suis bien content d’avoir pu faire ce duo et je prends cette épreuve comme une expérience supplémentaire.

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